Transformation numérique des services publics – Opérations

Ce troisième article consacré à la transformation numérique des services publics portera sur les applications de numérisation qui sont au cœur de tout service public. De manière générale, les opérations comprennent l’affectation, la préparation des horaires et le déploiement d’employés, d’équipement, d’outils et de véhicules pour effectuer la réparation, l’entretien, le remplacement et la remise en état des biens d’un service public pour s’assurer qu’ils sont fiables. Le secteur des opérations s’occupe du fonctionnement, de l’entretien et de l’essai de nombreuses pièces d’équipement et structures au cours de leur vie utile en plus de déployer les ressources nécessaires pour administrer ces fonctions. L’encadrement de ces fonctions complexes implique ainsi une quantité phénoménale de données. On verra donc, dans ce blogue, les possibilités de mieux utiliser les données en faisant appel à l’analyse et à l’intelligence artificielle afin d’acquérir une certaine sagesse face aux opérations d’un service public.

Les nouvelles technologies en évolution, comme les réseaux robustes à fibre optique et sans fil, l’intelligence artificielle, l’analyse des données, les capteurs à distance, l’automatisation et les drones, créent des occasions de recueillir des données de grande qualité en temps réel, de comprendre ces données, d’en tirer des aperçus stratégiques et de rendre des décisions assorties de mesures automatisées et adaptées. Les tâches répétitives qu’on retrouve fréquemment dans les opérations, comme les activités d’essai, d’inspection et d’entretien de l’équipement, la détection des pannes, la répartition des ressources, les activités de commutation et le suivi des mouvements de personnel, d’équipement et de véhicules peuvent également faire appel aux résultats d’un processus de collecte de données lorsqu’on doit rendre des décisions stratégiques.

On développe présentement plusieurs nouvelles utilisations pour les véhicules aériens sans pilote (UAV), comme l’inspection des lignes aériennes et des postes secondaires faisant appel à l’imagerie fixe ou vidéo, ainsi qu’au balayage thermique/infrarouge, à la gestion des espèces végétales et aux inspections de l’état physique, comme l’isolant brisé, les boulons manquants, la rouille sur les tours ou la putréfaction des poteaux de bois. Par le passé, ces inspections étaient toujours confiées à des observateurs en hélicoptère, à des employés qui escaladaient les tours ou les poteaux ou qui circulaient en véhicule le long des emprises, ce qui les exposait à un risque élevé sur le plan de la sécurité. Cependant, un UAV (qui agira un jour de manière autonome) se déplaçant le long d’un conducteur, à proximité d’une tour ou au-dessus d’un poste secondaire parvient à recueillir des données rapidement et de manière précise. L’analyse des données et l’IA permettent de reconnaître les défectuosités et les anomalies et de les catégoriser automatiquement pour établir ainsi le niveau de menace et l’impact. On peut également utiliser ces mêmes données pour repérer une plantation qui empiète afin de gérer la végétation et reconnaître les dangers, par exemple, pour un équipement de ferme ou de construction. Au fur et à mesure que la technologie évolue et que les vols autonomes au-delà de la ligne de visibilité réduisent les coûts, les services publics parviendront à réaliser des inspections plus souvent et pourront ainsi compter sur une évaluation plus à jour de la santé de leur système. Une évaluation réalisée tous les ans plutôt qu’aux 5 ans permettra aux services publics de modéliser leur système et de reconnaître les points faibles afin de prédire les pannes éventuelles et mieux se préparer à réagir au moment où elles surviendront.

De même, on élabore présentement des applications en matière d’analyse des données pour les UAV afin d’enregistrer l’avancement des travaux de construction, procéder au contrôle d’inventaire pour suivre les biens au fur et à mesure de leur réception et leur distribution et peut-être même un jour réaliser la version finale des dessins d’un ouvrage construit en numérisant l’ouvrage une fois terminé.

La technologie de balayage 3D, qui se développe à un rythme fulgurant, permet de balayer une installation actuelle, comme un poste secondaire, et de créer un modèle 3D et un dessin d’aménagement du site. Il devient ainsi possible de faciliter la vérification de l’état du site, l’accès et la manœuvrabilité opérationnelle sans s’y rendre à maintes reprises, améliorant ainsi la sécurité et la planification en cas de pannes tout en économisant temps et argent.

La réalité virtuelle est un autre secteur de développement qui offre de nombreuses possibilités dans le cadre d’activités, comme la formation de nouveaux techniciens, l’assistance à distance ou l’aide aux travailleurs afin de savoir ce à quoi ressemblera le système une fois terminé alors qu’on n’a pas encore terminé sa construction. Cette technologie peut contribuer à accélérer l’assemblage de l’équipement, l’entretien et les opérations, ainsi que la commutation en cas de panne tout en réduisant les risques d’erreur et en augmentant la sécurité.

On procède présentement à la mise en place d’une nouvelle façon d’utiliser l’analyse des données pour détecter les causes premières d’une perturbation des lignes électriques attribuable à la végétation ou à un contact avec un oiseau. À chaque panne correspond une signature numérique unique qu’il est possible de détecter en fonction de la forme d’onde de tension en faisant appel à l’analyse des données pour reconnaître les différents tracés. Cette détection peut aider les ingénieurs responsables des services publics à chercher les problèmes insidieux avant qu’ils ne surviennent et qu’ils n’entraînent une panne ou un bris d’équipement.

De même, un service public est capable d’interpréter les données d’un compteur intelligent pour ainsi détecter les problèmes que présentent les appareils électroménagers à la maison. Chaque appareil dispose d’une certaine « signature de charge » qui permet au service public de recueillir les données du compteur intelligent pour détecter les problèmes, qu’ils soient écoénergétiques ou non. Les services publics ont la possibilité d’exploiter ces données afin de fournir aux clients résidentiels des renseignements utiles qui les aident à économiser sur leurs factures en plus de les avertir d’avance des problèmes imminents.

Le développement de certaines de ces solutions non traditionnelles sera à court terme plus dispendieux en temps et en argent, mais elles permettront avec le temps d’économiser et d’en offrir davantage aux contribuables pour leur argent. À l’avenir, les principaux services publics pourraient même breveter et vendre leurs concepts et leurs services pour mettre en œuvre ces solutions innovatrices au profit des autres services publics et créer ainsi des sources de revenus additionnels.

De nos jours, les gestionnaires de biens des services publics peuvent avoir accès à des données récentes de qualité supérieure. Par exemple, les appareils mobiles capables de lire les codes à barres permettent aux techniciens d’enregistrer et d’étiqueter les résultats d’entretien et d’essai d’un équipement afin de les comparer ensuite aux paramètres acceptables. S’il est possible de surveiller et de suivre cette information pour tout l’équipement majeur ou essentiel, il devient également possible d’accéder à un rapport de santé précis des biens à la grandeur de l’entreprise. Les données étant à la portée de la main, il devient facile de chercher des modèles au niveau des biens qui arrivent à la fin de leur durée de vie optimale avant que les paramètres de stabilité n’en subissent les impacts.

En fait, il devient possible de signaler les zones de faiblesse d’un système en combinant l’analyse des données à des algorithmes intelligents, ce qui permet d’analyser les conditions de fonctionnement variées, les scénarios de panne d’équipement, ainsi que les répercussions probables. Ensuite, en ayant recours à la modélisation dynamique des scénarios météorologiques graves, on pourrait entreprendre de prédire les éventuels problèmes qui pourraient nous assaillir. Enfin, on aidera ainsi les services publics à mieux axer leurs ressources et leurs stratégies d’intervention sur les points faibles. Les données fiables sur la santé des biens procurent aux cadres supérieurs responsables des services publics un tableau de bord qui les aide à évaluer les différents scénarios de gestion des biens et à mieux orienter leurs gros investissements de manière à profiter le plus possible de leurs biens actuels tout en réduisant les pannes coûteuses des systèmes et les perturbations au sein de la clientèle.

La sécurité physique de nos services d’électricité considérés comme une infrastructure indispensable devient de plus en plus préoccupante pour nos opérations. De nos jours, les caméras de sécurité font appel à l’analyse des données pour devenir intelligentes en détectant automatiquement les gens, les véhicules, les accès interdits ou les gens qui tentent d’escalader les clôtures pour voler le cuivre. La détection des intrusions permet d’alerter les opérateurs lorsque les caméras de sécurité intelligentes détectent des activités suspectes, évitant ainsi aux employés de devoir inspecter physiquement les lieux.

Ce sont là quelques exemples d’applications que les services publics d’électricité mettent en œuvre et de cas d’utilisation qu’ils élaborent de nos jours. On en verra cependant plusieurs autres au fur et à mesure que d’autres services publics entreprendront d’examiner la possibilité de numériser leurs opérations. L’analyse des données et l’IA sont des outils puissants dont les services publics commencent à peine à découvrir les possibilités. Les services publics canadiens ont accès à des infrastructures de communication modernes, à l’informatique, à une main-d’œuvre spécialisée, ainsi qu’à des clients avides de technologies. Ce sont tous des avantages et des déterminants importants de réussite sur la voie vers la numérisation.