Le cœur d’une industrie

Au mois de mars, je célébrerai mes 10 ans à titre d’employé de l’Association canadienne de l’électricité. Dix ans consacrés au programme de fiabilité. Dix ans consacrés à analyser les données provenant d’entreprises de services publics partout au Canada. Dix ans à écouter des récits de défaillance d’équipement, d’interruptions de clients et de pannes de courant causés par des tempêtes de verglas, des tornades, et, parfois, des écureuils. Dix ans à bâtir des liens au sein d’une industrie que je ne connaissais pas du tout auparavant.

Demandez-vous ce que signifie le fait d’avoir accès à un réseau électrique fiable. Personnellement, je n’y avais jamais pensé, ne serait-ce qu’une seconde, avant de faire mes premiers pas dans cette industrie il y a 10 ans. Quand j’étais enfant, lorsqu’il y avait une panne de courant, nous sortions les chandelles et les jeux de cartes, ou même un ou deux jeux de société. Les pannes électriques apportaient un certain aspect de nostalgie et d’intimité dans les foyers. Elles étaient agréables.

Mon travail auprès les entreprises de services publics à travers le pays me fait penser à ces souvenirs d’enfance, mais il me fait également réfléchir à ce que signifie la fin d’une panne, quand les lumières se rallument : la communication dont nous avons besoin, les équipes sur les routes dans des conditions météorologiques extrêmes, l’équipement et la logistique nécessaires pour gérer les pannes majeures et les vies en danger. Les pannes peuvent être mineures ou de taille considérable; elles peuvent être causées par un écureuil, qui plonge un quartier résidentiel dans le noir, ou par des vents de 150 km/h qui interrompent l’alimentation électrique pour la moitié d’une ville.

Récemment, Ottawa a été aux prises avec une panne majeure. Plusieurs tornades ont frappé la région, un poste de transport entier a été détruit, et l’alimentation électrique a été couplée et réorientée pour contourner ce poste. Après quelques jours de dur labeur, l’électricité a été rétablie pour tout le monde.

Bien que, personnellement, je n’aie pas subi de panne cette fin de semaine-là, j’ai été témoin des répercussions. Les gens habitant les zones touchées venaient dans la « zone alimentée » pour faire le plein. Les stations d’essence ont besoin d’électricité pour pomper l’essence; les guichets automatiques ont besoin d’électricité pour distribuer de l’argent; les gens ont besoin d’électricité pour cuisiner leurs repas… Il a fallu de peu de temps pour que l’essence se fasse rare, que les guichets soient vides et que les restaurants n’aient plus beaucoup de nourriture. Sans la réfrigération — possiblement la plus grande invention parallèlement à l’électricité — la nourriture devenait avariée dans ces « zones non-alimentées ».

Il faut des événements comme celui-là pour que les gens réalisent à quel point ils ont besoin d’électricité et combien le rôle qu’elle joue dans nos vies est essentiel. Non seulement il est important que le réseau soit fiable, mais aussi — un peu comme un joueur blessé de la NFL — il doit être résilient, capable de se rétablir rapidement et en mesure de fonctionner au niveau attendu.

Voilà où le bât blesse :

Les leaders mondiaux, les politiciens et le public tiennent souvent l’électricité pour acquise. Seuls les gens qui consacrent leur temps à étudier et à travailler au sein de cette industrie peuvent comprendre la complexité d’un réseau qui doit faire en sorte que l’électricité se déplace sur des milliers de kilomètres pour se rendre dans un foyer. Cependant, quand une panne survient, les leaders mondiaux et les médias s’empressent de demander pourquoi.

Au fur et à mesure que la société progresse vers l’avenir, les discussions relatives aux changements climatiques et l’établissement de cibles à atteindre pour minimiser les impacts environnementaux sont devenus des sujets d’actualité partout dans le monde, en particulier pour les leaders mondiaux et les politiciens. Ils se tournent vers l’énergie verte, les projets liés aux réseaux intelligents et l’électrification pour les aider à respecter les cibles internationales en matière d’émissions. Ces leaders souhaitent collaborer avec l’industrie de l’électricité pour qu’elle les aide à tirer profit de l’énergie verte, des véhicules électriques et d’autres enjeux. Cependant, il est rare qu’ils se préoccupent de la complexité inhérente à la fiabilité ou à la résilience des réseaux électriques.  Ces sujets ne sont pas aussi attrayants que les « projets verts ».

Cela dit, quelles que soient les demandes des leaders mondiaux, et quelles que soient les cibles qu’ils définissent, je sais qu’ils devront pouvoir compter sur les réseaux électriques fiables et résilients pour répondre à leurs besoins.

Après dix ans, je sais que la fiabilité et la résilience seront toujours le pivot et le cœur d’une industrie dont tout le monde profite. Après dix ans, je suis fier de dire que je travaille dans le domaine de la fiabilité.