L’avancement des femmes dans les métiers spécialisés – témoignage d’un homme ayant récemment pris conscience

La version originale a été publiée par l’Electrical Business Magazine

Bien que je travaille maintenant dans un bureau, ou plus précisément dans une salle à manger convertie en espace de travail, j’ai passé une partie de ma jeunesse à occuper un emploi « manuel ». À l’adolescence, j’ai travaillé comme ouvrier et conducteur de chariot élévateur pour une entreprise de logistique. Plus tard, pendant mes études supérieures, j’ai obtenu un permis de conduire pour les véhicules lourds et j’ai occupé le poste de chef d’équipe pour une entreprise de déménagement transfrontalier à Windsor, en Ontario. Certains des meilleurs souvenirs que je conserve de cette période se rattachent à la camaraderie avec « les gars », qui était souvent définie par des normes culturelles, notamment l’utilisation de ses collègues comme cibles pour leur lancer des boules de ruban adhésif, et d’autres formes de chamailleries.

En y repensant, comme chef d’équipe, je ne me suis jamais vraiment soucié des détails, comme les uniformes, l’équipement ou la culture. Après tout, les uniformes pour hommes étaient les mêmes pour tout le monde, la seule différence étant le choix de la taille petite, moyenne ou grande. Nous avions généralement accès à l’équipement approprié, mais l’équipe semblait se préoccuper davantage de se moquer de ceux qui tenaient à l’utiliser. Quant à la culture, les normes régissant l’inclusion étaient simples : on ne devait rien échapper lorsqu’on servait de cible d’entraînement pour le lancer de boules de ruban adhésif. Même si toute cette histoire semble dénoter un manque de professionnalisme, les dirigeants ne semblaient pas de cet avis. Les clients étaient satisfaits, et nous faisions notre boulot.

Bien sûr, les normes et les valeurs sociales ne cessent d’évoluer. Ce qui était autrefois une pratique courante peut vite devenir désuet ou inacceptable. À l’inverse, ce qui devrait parfois évoluer se montre irréductiblement résistant au progrès. La représentation des femmes dans les métiers spécialisés en est un exemple. Bien que des progrès soient réalisés dans d’autres secteurs, les dernières estimations de Ressources humaines, Industrie électrique du Canada (RHIEC) montrent que la proportion de femmes dans les métiers de l’ensemble du secteur de l’électricité se situe entre 5 et 7 %. Dans certains métiers spécialisés, comme les techniciens de lignes électriques, cette proportion baisse pour se situer entre 1 et 2 % à l’échelle nationale.

Récemment, en dirigeant l’élaboration du document d’orientation sur l’Avancement des femmes dans les métiers spécialisés, j’ai eu une prise de conscience concernant l’époque où j’étais chef d’équipe. Je n’avais jamais réfléchi à ce que je ressentirais si je travaillais dans un milieu où l’on ne m’offrait que des uniformes pour femmes ou si j’étais le seul homme de mon équipe, voire de mon secteur d’activité. Je n’avais pas non plus pensé aux facteurs sociaux, moins concrets mais profondément enracinés, notamment le fait que les hommes puissent ne pas être considérés comme des candidats intéressants pour un poste. Que serait-il arrivé si ces postes ne m’avaient jamais été présentés comme un choix de carrière viable?

En travaillant sur ce rapport, j’ai pris conscience qu’il ne s’agit que de quelques-uns des nombreux exemples qui, ensemble, forment les obstacles systémiques, sociaux et physiques qui empêchent la promotion de l’équité et de l’inclusion des femmes dans les métiers.

Considérant ces obstacles, le document d’orientation de l’ACÉ est le fruit d’une démarche de codification des pratiques et des politiques de base mises en place par les membres afin de surmonter les barrières à l’inclusion des femmes dans les métiers spécialisés. Plus important encore, ce document énonce des recommandations pour réaliser de nouveaux progrès. L’une d’entre elles consiste à ce que les compagnies d’électricité travaillent davantage à mobiliser les jeunes femmes au sujet des débouchés dans les métiers, et ce, avant leur entrée à l’école secondaire. C’est un chaînon manquant important en vue de stimuler l’intérêt des femmes pour les possibilités d’apprentissage qui s’offriront à elles plus tard dans leur vie. Les compagnies d’électricité doivent également participer plus activement auprès des syndicats et des entrepreneurs pour accorder la priorité à la représentation des femmes. Enfin, tous les employeurs devraient établir des cibles en matière de représentation des femmes dans les métiers et faire état des progrès, ce qui poussera le secteur à l’action.

Même si les avantages que procure une représentation équitable des femmes dans les milieux de travail sont documentés en ce qui a trait à l’entreprise, aux activités et à la sécurité, il est essentiel d’agir le plus tôt possible, tout simplement parce que la société moderne l’exige. Étant donné que le secteur de l’électricité est appelé à être le moteur d’un virage progressivement vert, j’exhorte les membres de l’ACÉ à faire en sorte d’être, à leur tour, le moteur des progrès sociaux en respectant ces lignes directrices et en surpassant les attentes. En effet, il ne faut pas se limiter à offrir des uniformes de taille convenable, à fournir l’équipement approprié en fonction des capacités physiques et à changer la culture d’entreprise dominée par une mentalité de « dur à cuire ». Il pourrait même être nécessaire d’y réfléchir à deux fois avant de lancer cette boule de ruban. Après tout, une femme de votre équipe pourrait décocher le meilleur tir!