Électrifions ces… surfaceuses à glace

L’odeur de sueur de jeunes hockeyeurs qui se mêle aux émanations d’une surfaceuse à glace alimentée au moyen d’un carburant fossile, voilà ce qui caractérise la matinée du samedi pour bien des parents. Que ce soit pour s’élancer eux-mêmes sur la glace ou grelotter dans les gradins, des Canadiens d’un océan à l’autre règlent leur réveille-matin à l’aurore et se tirent péniblement du lit pour profiter des heures de glace à leur disposition. Le fait est que les patinoires de hockey resteront à jamais une source de fierté et de joie pour les Canadiens, qu’ils soient hockeyeurs ou spectateurs.

Si vous optez pour cette activité matinale qui revient d’un samedi à l’autre, je dois vous avertir qu’un danger vous guette dans l’ombre glaciale des arénas partout dans le monde. Ne vous laissez pas berner par l’attitude amicale du chauffeur de la surfaceuse et la couche d’eau répandue sur la glace. Chacun de ces véhicules parcourt plus de 3 000 km chaque année en engloutissant une énorme quantité de propane.

Le Canada compte environ 3 000 patinoires intérieures. Or, pour entretenir toutes ces patinoires, il faut recourir à des surfaceuses afin d’obtenir rapidement et efficacement une glace lisse. D’ailleurs, on trouve au pays le plus grand parc de surfaceuses dans le monde. Loin de moi l’idée de sortir les pelles et les tuyaux d’arrosage pour refaire la glace de toutes ces patinoires. Saviez-vous que certaines villes comme Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard, ont fait l’acquisition de surfaceuses électriques? Eh oui, électriques! Grâce à cette innovation, des parents peuvent maintenant bien respirer dans leur aréna local pendant les matchs de hockey de leurs enfants du fait qu’aucune émanation de carburant fossile ne se mêle à l’odeur rance dégagée par la transpiration de leur progéniture.

La côte est n’est pas la seule région du pays à bien faire les choses. En Alberta, les responsables du Programme des véhicules électriques pour les municipalités du Centre d’action contre le changement climatique sont conscients de l’importance d’un air sain dans les arénas. Ce programme lancé en 2019 offre aux municipalités de la province une remise pouvant atteindre 30 000 $ pour chaque véhicule électrique admissible, y compris les surfaceuses. Et c’est à des urbanistes et à des élus avant-gardistes que l’on doit ces mesures incitatives.

Rien qu’à penser qu’il y pourrait y avoir une surfaceuse dans tous les arénas canadiens, j’en ai des frissons – et ce n’est pas à cause de la glace. Tout le monde y gagnerait, car ces véhicules permettraient d’assainir l’air et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

On devrait peut-être commencer à s’attaquer au problème des surfaceuses une province et un territoire à la fois. En rendant les surfaceuses électriques admissibles aux programmes d’encouragement à l’achat de véhicules électriques partout au pays, il serait possible de convaincre les gestionnaires des arénas d’opter pour cette solution écologique. Songez aux avantages qui en découleraient sur le plan environnemental dans le cadre des gros tournois de hockey où les matchs se succèdent sans interruption sur plusieurs patinoires. Et pourquoi ne pas utiliser cette innovation aux Jeux Olympiques d’hiver?

Une personne très bien renseignée m’a déjà dit qu’une surfaceuse à glace consomme jusqu’à 120 litres de propane par saison. Pour les 3 300 patinoires intérieures du pays, on pourrait donc réduire de plus de 716 000 kilogrammes les émissions de CO2. Chaque petit pas compte! Le samedi matin, au lieu de humer les émanations de propane, je préfère sentir l’odeur corporelle d’adolescents en sueur en savourant un bon café. Et vous?

 

Sources (en anglais)

https://electricautonomy.ca/2019/08/01/municipal-fleet-manager-getting-ice-vehicles-off-the-ice/

https://zamboni.com/about/fun-facts/